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Hugh Masekela
© mondomix

Portrait de: Hugh Masekela

 

 

L'Afrique du Sud est un pays abondant en bons musiciens. Le nom de Hugh Masekela est indissociable de l'histoire du pays et de sa culture. Hugh Ramopolo Masekela naît le 4 avril 1931 dans la ville minière de Witbank.

 

Elevé par sa grand-mère (à qui il rend sans faute un hommage lors de chaque interview), il montre un vif intérêt pour la musique avant même d'intégrer l'école de missionnaires à l'âge de neuf ans. C'est là qu'il apprend le piano, son premier instrument. En 1949, il voit Young Man With A Horn, un film qui raconte l'histoire du trompettiste Bix Beiderbecke, qui le touche profondément et lui donne l'envie de suivre les traces du célèbre jazzman américain. Il doit tout de même attendre 1954 avant de posséder sa propre trompette. C'est l'archevêque Trevor Huddleston qui la lui offre, sollicitant en même temps Uncle Sauda, -leader du Brass Band municipal de Johannesburg- pour lui enseigner les bases. Rapidement, Masekela rejoint le Huddleston Jazz Band en tant que leader, avec ses propres compositions sous le bras. Il y acquiert non seulement une première expérience musicale, aux côtés des autres jeunes du St Peters Secondary School, mais aussi une conscience politique sous l'égide du prêtre anti-apartheid, l'aumônier de l'école. Quand Huddleston est déporté par le gouvernement raciste à cause de ses activités de militant, Masekela part jouer dans les groupes de Zakes Nkosi, Ntemi Piliso, Elijah Nkwanyana et Kippie Moeketsi avant d'intégrer en 1956 l'African Jazz Revue de Alfred Herbert, le groupe phare du moment.

 

Avec l'African Jazz Revue, Masekela part en tournée nationale avec les Manhattan Brothers et participe à la comédie musicale "King Kong" qui aboutit au premier enregistrement discographique réalisé en Afrique du Sud. Fin 1959 Masekela forme son propre groupe, les Jazz Epistles, avec le pianiste Dollar Brand (devenu depuis Abdullah Ibrahim), le batteur Makaya Ntshoko, le tromboniste Jonas Gwanga et l'alto saxophoniste Kippie Moeketsi. Ils deviennent rapidement très célèbres dans les grandes villes du pays.

 

Le massacre de Sharpville en 1960 annonce le début de l'apartheid en Afrique du Sud. Hugh Masekela choisit l'exil, aidé par Huddleston et certains de ses amis influents comme Yehudi Menuhin. Grâce à eux, il obtient une place au Guildhall School of Music à Londres. Puis, avec l'appui de Harry Belafonte et Miriam Makeba (déjà résidente aux Etats-Unis), il reçoit une bourse du Manhattan School of Music de New York, dont il suit les cours de 1960 à 1964.En 1964, il fonde le label Chisa Records avec un autre étudiant, Stewart Levine. Ensemble ils produisent onze albums, dont le premier est The Emancipation of Hugh Masekela. Masekela est le premier artiste africain à percer sur la scène pop américaine en 1968 avec "Grazing in the Grass", un morceau écrit dans le style innovateur de fusion, en vogue à l'époque, Mbaqanga. C'est un tube qui reste en haut des "charts" pendant deux semaines.

 

Malgré son succès professionnel, sa vie privée souffre. En 1966, il divorce de Miriam Makeba, une séparation douloureuse qui le hantera longtemps après. Les années 70 le voient de nouveau en Afrique où il tourne et joue avec divers musiciens africains. Au Ghana, il rencontre le musicien afro-beat et militant politique nigérian Fela Anikulapo Kuti, qui devient un ami proche. Il rencontre également le groupe ghanéen Hedzoleh Sounds dont il devient le leader et qu'il emmène en tournée aux Etats-Unis après avoir enregistré l'album Masekela : Introducing Hedzoleh Sounds en 1973. Les cinq années qui suivent sont consacrées à l'enregistrement d'albums importants tels The Marketplace, Ashiko, The Boy's doin it, Vasco Da Gama et Stimela.

 

En 1980, Hugh et Miriam jouent ensemble le jour de Noël à Lesotho où 75 000 personnes se rendent au concert pour revoir ce duo mythique, au repos depuis vingt ans. Masekela attend 1980 avant de se réinstaller en Afrique, optant pour le Botswana où il fonde le Botswana International School of Music avec Dr Khabi Mngoma. Pour pouvoir travailler, il fait venir un studio mobile de la Californie, et avec le label Jive Records, il sort l'album Technobush. Il retourne en Europe en 1986, travaille avec Mbogeni Ngema sur la comédie musicale "Sarafina", et enregistre également le titre "Bring Back Nelson Mandela, Bring Him Back Home to Soweto". "Sarafina", avec de jeunes acteurs issus des townships, connaît un énorme succès, autant sur la scène internationale qu’à sa première à Johannesburg en 1987. Sa participation, ainsi que celle de Black Mambazo et de Miriam Makeba, à la tournée de "Graceland", de Paul Simon, crée une polémique internationale qu'il préfère ignorer. Pour lui, ce projet a fait connaître la culture et l'histoire de l'Afrique du Sud au monde entier, et rien qu'en cela il était justifiable.

 

En 1990, l'Afrique du Sud accueille Nelson Mandela en tant qu'homme libre et Président d'un tout nouveau pays. Masekela rentre alors chez lui. En 1991, sa tournée nationale intitulée "Sekunjalo This Is It" affiche complet et ses deux derniers albums Black to the future et Sixty sont sacrés disques de platine. Hugh Masekela est toujours aussi fameux et respecté, chez lui comme à l'étranger. Et tandis qu'il clame qu'il continue chaque jour à apprendre la musique (après 40 ans de carrière !), il œuvre également pour aider la jeune génération, lui donnant les structures nécessaires pour faire valoir au mieux ses talents musicaux.



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